Nathaniel Herzberg

Lauréat du prix de  l’AJSPI en 2017

« Les sciences sont trop sérieuses pour en faire du journalisme », pensait Nathaniel Herzberg à la sortie de l’école de journalisme.  Celui qui s’est rêvé musicien de jazz ou a songé à la recherche en sociologie des sciences, est finalement devenu reporter au service sciences du Monde.

En tee-shirt blanc derrière l’écran  de son bureau mansardé, Nathaniel Herzberg est souriant. Pourtant, il l’avoue, le confinement aura été douloureux, l’épidémie de Covid-19 ayant emporté son père. Le journaliste poursuit malgré tout son travail depuis chez lui puisque les locaux du quotidien Le Monde, où il est rédacteur au service sciences, fonctionnent en effectifs réduits. Pas d’interruption, donc, de sa chronique hebdomadaire de zoologie, car il aime « chercher la petite bête », mais surtout parler des oubliés comme ce poisson-zèbre, nouvelle star des laboratoires ou encore Jeremy, « l’escargot gaucher par accident ». Et puis, actualité oblige, il enchaîne les sujets sur le virus en parallèle de son enquête sur Notre-Dame de Paris. La cathédrale lui a d’ailleurs valu le prestigieux prix Kalvi de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) en 2019 (déjà remporté en 2015) pour un reportage sur le chantier scientifique de l’édifice suite à l’incendie. Le journaliste cultive son vilain défaut, la curiosité, depuis sa plus tendre enfance : « Pour moi, la curiosité est un moteur de la vie incroyable ! Elle amène les plus grandes découvertes en sciences et procure les plus grandes émotions en journalisme.»

Déclic

Bon élève et plutôt scientifique, l’étudiant intègre Telecom ParisTech en 1985 pour devenir ingénieur mais pressent qu’il n’est pas fait pour cela. Sa passion, c’est la musique. Il pratique le piano depuis ses sept ans. L’idée lui vient d’en faire son métier, mais il ne s’estime pas « assez volontaire ». La musique reste un loisir et aujourd’hui encore il joue du jazz et chante dans un chœur de musiques du monde. Dans ce domaine, « l’échange » est pour lui fondamental. Il y a pour ce passionné, un côté « affectif, intellectuel, sensible, extrêmement puissant dans la pratique de la musique ». Nathaniel Herzberg a encore d’autres cordes à son arc. Une rencontre avec un journaliste provoque un déclic au milieu de ses études. Il poursuit malgré tout son cursus scientifique. Sa troisième année à l’école des Mines est consacrée à la sociologie et à l’histoire des sciences aux côtés du sociologue Bruno Latour. La voie de la recherche s’ouvre à lui mais, hésitant, il tente tout de même le concours d’entrée au Centre de formation des journalistes (CFJ), qu’il décroche pour devenir journaliste.

« Les papiers qui toute ma vie m’ont animé et m’ont procuré le plus de plaisir, sont ceux dont personne ne remarque l’absence dans le journal, mais qui provoquent la surprise et  l’intérêt quand ils sont lus ».

S’ensuit un parcours professionnel varié, qui débute avec un stage au Monde, puis un passage au service éducation de Libération jusqu’à son retour au Monde en 1995 par le service société : « Pour moi, le service société, c’était le noyau dur du journalisme, l’endroit où on parle des oubliés du monde, de ceux qui n’ont droit de cité que lorsqu’ils sont victimes ou coupables d’un crime ou d’un fait divers. C’était cela qui me plaisait ». Nathaniel Herzberg passe ensuite par le service culture du quotidien. D’une curiosité intellectuelle insatiable, il ne se sent pas une âme de chef, rôle qu’il a pourtant endossé à trois reprises dans différents services. Il souhaite continuer à apprendre et à appliquer les outils du journalisme dans d’autres domaines. En quittant un poste à la rédaction en chef du journal, les sciences reviennent à lui en 2014, tel un retour aux sources.

L’amour de l’écriture

Pour Stéphane Foucart, son collègue au Monde, « c’est l’un des meilleurs journalistes du quotidien, il a une grande connaissance des arts, des sciences humaines et des sciences expérimentales. Nathaniel creuse avec beaucoup d’assiduité ses sujets et noue des liens très forts avec ses interlocuteurs dans la communauté scientifique ». Son goût de l’écriture, ce père de deux enfants le sublime par la rédaction de plusieurs ouvrages : Lettres d’Algérie (Gallimard, 1998) co-écrit avec Philippe Bernard et Le musée invisible (Toucan, 2009) en rapport avec son travail de journaliste. Il publie également Jamai Rajah (Fayard, 2011), plus autobiographique et inspiré d’un de ses voyages en Inde, dans la famille de son épouse. Parmi les souvenirs les plus marquants de sa carrière, il évoque le suivi au long cours d’un collège rural du Sud-Ouest ou la couverture du conflit au Kosovo. Et puis, plus récemment, sa rencontre avec l’architecte italien Renzo Piano l’a particulièrement ému: « C’est l’un des grands moments de ma vie. C’est un homme exceptionnel, un artiste merveilleux et humainement d’une extrême richesse. Renzo Piano était d’ailleurs le seul architecte contemporain envers lequel mon père, lui-même architecte, n’a émis aucune réserve. Le fait que notre métier nous donne cette possibilité, c’est extraordinaire ».

Catherine Darinot