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Colloque sur "Le journalisme scientifique dans les controverses"

Par Sylvestre Huet le ven 25/10/13 - 16:37

Le colloque "le journalisme scientifique dans les controverses" co-organisé par un centre de recherche, l'ISCC (Institut des sciences de la communication du Cnrs) et l'AJSPI  tenu au 101 rue de l'Université, à l'invitation de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, a rencontré un grand succès.

Avec près de 300 inscrits, il a rassemblé des chercheurs de toutes disciplines, des journalistes, spécialisés en sciences ou non, des responsables de communication et de presse d'organismes de recherche et d'université ainsi que quelques élus, Députés et Sénateurs.

Les débats ont été intéressants, et ont montré les nombreuses pistes de travail possibles entre chercheurs et journalistes sur le métier et la production des journalistes scientifiques ou sur les sujets qu'ils traitent.

Ce succès permet ainsi d'envisager la poursuite de la collaboration entre l'AJSPI et l'ISCC dans le cadre de la convention signée cette année. Qu'il s'agisse de colloques, d'ateliers, de thèses ou de travaux de recherches.

Lors de l'ouverture du colloque, Sylvestre Huet a, comme président de l'AJSPI, prononcé une courte allocution sur les raisons pour lesquelles l'AJSPI s'est lancée dans cette aventure. La voici ci-dessous et en PJ :

Intervention en introduction du Colloque : « Le journalisme scientifique dans les controverses »

Il y a une vingtaine d'années, l'AJSPI avait organisé une rencontre entre ses membres et le sociologue Pierre Bourdieu. Il s'agissait, déjà, de dialoguer avec un observateur de notre métier, de ses contraintes et déterminations. Au cours d'une riche discussion, Pierre Bourdieu nous lança soudain : «méfiez-vous, la lucidité ne rend pas nécessairement heureux !».

Prendre conscience de ses propres contraintes dans un métier qui prétend contribuer à la lucidité du corps social sur lui même ne peut en effet que se retourner contre les journalistes. Du moins contre leur confort intellectuel, dès lors que cette lucidité, appliquée à eux mêmes ne se traduit pas en moyen d'action pour transformer ces contraintes. Serions-nous, dès lors, un tantinet masochistes à nous engager dans un dialogue similaire, mais de long cours cette fois, avec les chercheurs des sciences humaines et sociales intéressés à notre activité professionnelle ? Ce dialogue va t-il déboucher sur des mises en causes rudes de l'image que nous aimerions bien avoir de nous-mêmes et de notre métier ?

Nous en prenons le risque, et volontiers. Non par orgueil, mais parce que nombre de journalistes spécialisés en sciences s'interrogent sincèrement sur leur métier. Un métier qui s'exerce aujourd'hui bien souvent au cœur de polémiques vigoureuses sur l'usage des technologies issues des sciences. Et ceci alors que l'économie de la presse en crise accroît encore les nombreuses contraintes qui pèsent sur les journalistes et qui s'imposent d'autant plus facilement à une profession massivement précarisée.

Le sujet de ce colloque que nous espérons être le premier d'une série, à côté d'autres initiatives de recherches et de dialogue entre chercheurs et journalistes, porte le fer sur l'un de nos terrains d'exercices parmi les plus périlleux. Il pose des questions plus rudes, moins consensuelles, plus dérangeantes que celles qui proviennent de l'irréductible complexité des sciences et des technologies ou du commerce du papier, des ondes et désormais des pages web qui constituent des cadres et autant de contraintes pour l'instant indépassables de notre activité.

Les controverses dont nous allons parler ne sont en effet pas limitées, voire d'une autre origine que ces discussions entre scientifiques – courtoises ou non - d'où la lumière est censée jaillir, même si ce processus prend du temps. Il s'agit plutôt d'affrontements, la plupart du temps violents, entre des acteurs sociaux dont la taille et la puissance font des journalistes scientifiques les plus petits joueurs de l'affaire : responsables politiques, industriels, ONG, forces politiques, directions de journaux. Climat, perturbateurs endocriniens, plantes transgéniques... les trois sujets du colloque concernent certes des scientifiques, des sciences et des technologies, mais surtout des gouvernements, des décisions politiques majeures, la gestion de risques sanitaires et environnementaux, des emplois, des usines, des milliards... Comment les journalistes spécialisés en sciences s'y sont-ils mêlés, quel rôle y ont-ils joué, faut-il leur donner satisfecit ou les critiquer durement ? Avec les chercheurs de l'ISCC nous avons choisis ces trois sujets pour ce premier colloque, mais d'autres nous attendent, les gaz de schiste ou l'énergie nucléaire pourraient bien être au menu de notre prochain rendez-vous.

Colloque sur "Le journalisme scientifique dans les controverses"

Jeudi 17 Octobre 2013 (Jour entier)