Vous êtes ici

Visite de la digiferme d’Arvalis

Par l’AJSPI (non vérifié) le mer 4/10/17 - 13:33

Compte-rendu de la visite de la Digiferme d'Arvalis du 26 septembre 2017.

« Tout ce que l'on fait ici doit être utile, utilisable, et utilisé » : c'est le slogan d'Arvalis-Institut du végétal, un centre de recherches privé au service des 400 producteurs qui le financent.

Nous avons visité  le plus important en taille des 35 sites de l'Institut,  situé sur  le domaine de Boigneville, dans l'Essonne.

Et nous aurons appris, avant de parler numérique, quantité de choses sur les cultures : de quelle façon les céréales à paille (différentes sortes de blé, orge brassicole par exemple) sont attaquées par des ravageurs spécifiques lors du stockage dans les silos. Or un insecte trouvé dans une cargaison de blé, c'est tout le blé qui est renvoyé à l'expéditeur ! Pour les éliminer, à l'étranger, on envoie du gaz dans les silos. Une méthode quasiment pas utilisée en France, où nous préférons traiter le grain avec des insecticides. En attendant de trouver plus écologique, car Arvalis mène de nombreux  essais sur la ventilation et les variations de température, qui permettrait de venir à bout de ces parasites tout en respectant l'environnement.

Arvalis mène ici des essais uniques en France et sans doute en Europe  sur le travail du sol, grâce à une parcelle d'essais suivie depuis 1971. Une partie de cette parcelle  est mise en  labour (terre retournée sur 30 cm de profondeur pour éliminer les mauvaises herbes ou adventices), une autre en semi-labour (moindre profondeur, ou labour une année sur deux) et sur une troisième est testée la technique du  semis direct : les sols ne sont pas du tout labourés entre deux cultures.

Les différentes techniques ont leur avantages et leurs inconvénients, qui en période de polémique sur le glyphosate sont particulièrement intéressants à étudier :

Le semis direct limite l'érosion des sols, concentre le carbone en surface. Il est recommandé surtout pour des sols fragiles, à condition d'y ajouter des couverts végétaux (moutarde, luzerne, etc) qui permettront de mieux stocker le carbone dans le sol.

Inconvénients : cette technique favorise les carabes (insectes ressemblant à des scarabées), ou de plus gros ravageurs comme les limaces et les campagnols ; et surtout  le semis direct favorise les mauvaises herbes, devenues un vrai problème en Ile de France notamment. Ce qui a pour effet d'impacter les rendements, et engendre aussi des problèmes sanitaires : recrudescence de l'ergot, un champignon aux pouvoirs hallucinogènes,  très mauvais pour la santé humaine même à dose infime, donc totalement proscrit dans les cultures ! 

Pour éviter l'ergot et les mauvaises herbes, on a donc pas encore trouvé mieux que le labour, estime- t-on chez Arvalis. A moins de recourir au glyphosate (round-up de Monsanto), seule solution efficace contre les adventices. 

Mais le coeur du sujet de notre visite, c'était le numérique !

Arvalis se présente sur ce sujet comme le 60 million de consommateurs des agriculteurs : il teste les logiciels, les équipements, et préconise les mieux adaptés aux besoins de l'agriculteur. L'avenir selon eux : le pilotage  des cultures par le numérique, avec des outils d'aide à la décision, qui ne remplacent pas l'agriculteur, mais sont là pour lui permettre d'affiner ses choix. Pour l'instant, la multitude des données à saisir et à exploiter décourage les plus persévérants. Pour que l'agriculteur utilise tous ces outils, Arvalis vise donc l'objectif du « zéro saisie », et des interfaces simples d'utilisation. L'institut développe  en interne certains de ses outils d'aide à la décision (et les commercialise), mais coopère aussi avec des entreprises privées, ou évalue également les produits de la concurrence.  

Pour avoir une idée de ce qui existe, nous nous sommes rendu chez Guillaume Lefort, céréalier à Arville, en lisière des départements de Seine-et-Marne et du Loiret, dans le Gâtinais, qui cultive 250 hectares, dont un tiers de blé de force (qui finit dans le pain de vos big mac), un tiers en orge de printemps (bière), 50 hectares de betteraves sucrières (à l’origine du sucre de vos confitures), un peu de colza, et 10 hectares  en contrat avec le département pour maintenir la biodiversité : en clair sur ce terrain, il plante de la luzerne, et est rémunéré pour ne pas y toucher. Enfin, 25 hectares de plantes aromatiques (coriandre, aneth, etc) lui permettent de faire de la rotation des cultures, et d'économiser ainsi les sols.

 Grâce à la petite station météo dont il s'est équipé, il  reçoit en continu des informations sur la pluviométrie, la température de l'air et l'humidité relative à l'échelle de ses champs de culture. Par ailleurs, la chambre d'agriculture met à sa disposition un drône qui en survolant  ses parcelles  lui permet de visualiser au m2 prêt quelles sont les zones qui manquent d'azote  par exemple. Toutes ces données sont traitées par un logiciel. Il lui reste à les transférer sur une clef USB qu'il introduit dans l'ordinateur de la cabine de pilotage de son tracteur. Sur le toit, un GPS : et hop ! c'est parti pour un épandage d'engrais  d'une précision chirurgicale : pas plus pas moins qu'il ne faut, en individualisant les doses pour chaque partie de chaque parcelle, et sans plus jamais repasser deux fois au même endroit !

Nous aurons vu aussi un tracteur équipé doté d'une bineuse autoguidée par  une caméra, et un robot totalement autonome qui déjà circule dans un champ de betteraves, repère les mauvaises herbes, et délivre sur chaque pousse indésirable la petite dose d'herbicide qui convient pour la détruire sans arroser tout le champ.

Visite de la digiferme d’Arvalis

Mardi 26 Septembre 2017 (Jour entier)
Station Expérimentale Arvalis
91720 Boigneville