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[vidéo] Addictions sans substances et déconnexion

Par Sophie Becherel le sam 1/10/16 - 17:07

Compte-rendu du petit déjeuner du 20 septembre 2016. 

Deux chercheurs au profil très différent pour cette thématique.

Jean-Claude Dreher travaille à l’Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod de Lyon sur les systèmes de récompense et leur impact sur la prise de décision. Il utilise beaucoup l’imagerie cérébrale pour comprendre comment le cerveau prend des décisions sur la base de valeurs subjectives.

Il s’est intéressé pour cela à des Parkinsoniens dont le traitement, à base d’un analogue de la dopamine, avait déclenché une hypersexualité. Leur capacité à faire un effort ou à attendre pour voir des images érotiques initialement floutées a été mesurée et l’activation de leur cerveau visualisée par IRM fonctionnelle.

Des résultats préliminaires montrent que les sujets hypersexuels sont prêts à attendre plus longtemps et à faire plus d’effort que les autres. Les deux réseaux cérébraux suractivés suivant la nature de la décision (attente ou effort) chez ces sujets hypersexuels ont été identifiés et se localisent dans deux régions du cerveau, le cortex cingulaire antérieur et le cortex ventromédian avec le striatum. La première contrôle la quantité d’effort que nous sommes prêts à déployer pour une récompense, la seconde la durée que nous pouvons supporter avant de l’obtenir. Les résultats indiquent aussi une capacité à attendre ou à faire des efforts chez les hypersexuels que l’on ne retrouve pas forcément chez les sujets ayant une addiction à l’argent par exemple. En effet, des études passées menées sur des récompenses financières  montrent qu’ entre avoir 20 euros tout de suite ou 45 euros plus tard, la majorité des sujets dépendants préfèrent ne pas attendre : ils choisissent la somme la plus petite mais la plus immédiate. Ces résultats seront prochainement publiés.

Francis Jaureguiberry est sociologue, enseignant-chercheur au Laboratoire PASSAGES (CNRS/Univ de Bordeaux/Univ de Pau/Univ Bordeaux Montaigne) et travaille sur les technologies de communication. Il n’est pas un spécialiste de l’addiction mais s’y intéresse depuis que l’usage effréné des mobiles est devenu un « élément de langage ».  Pour lui, l’addiction se caractérise quand il y a souffrance si la substance n’est pas délivrée. Souffre t-on quand on est privé de son smartphone ? Si c’est le cas, on en est dépendant. Mais selon lui, on est tous dépendants à un certain degré qui n’est pas pathologique. Il affirme qu’il devient difficile de se séparer des outils de communication en raison d’une pression sociale. Pour des raisons de sécurité par exemple, les proches vont exiger que vous preniez votre portable en vacances, en we ou pour toute sortie. De même qu’un employeur pourra exercer une pression sur les salariés en envoyant des mails ou en exigeant une réponse à ses appels.

Il a cité une étude qu’il a menée sur des marcheurs effectuant le chemin de Compostelle (autrement dit des personnes désireuse de couper avec leur quotidien ou le monde). Ces marcheurs, ces voyageurs ne se déconnectent pourtant jamais totalement. Même s’ils font un usage différent  et plus modéré de leur portable, ils ne le coupent pas, ne serait-ce que pour pouvoir rassurer leur entourage sur leur bonne santé durant leur périple. Son enquête l’amène à affirmer que la déconnexion totale n’existe pas (sauf en cas de burn-out). De plus, nous serions de plus en plus incapables d’une déconnexion volontaire temporaire alors que les adolescents y arrivent très bien.

Cette incapacité à déconnecter viendrait selon lui de la peur de manquer quelque chose et plus encore de nous retrouver face à nous-mêmes et face à des questions existentielles (sens de la vie, engagement) qui nous obligent à prendre des décisions. En restant connectés, nous fuyons l’ennui, nous évitons de réfléchir sur nous-même et reportons nos prises de décisions.

Pour en savoir plus « Le voyageur hypermoderne, partir dans un monde connecté » de Francis Jaureguiberry et Jocelyn Lachance aux éditions érés (2016).

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[vidéo] Addictions sans substances et déconnexion

Mardi 20 Septembre 2016 9:00
Le chien qui fume 75001 Paris