ÉCRANS, CORPS, ENVIRONNEMENT NUMÉRIQUE : L’INTÉRIORISATION DES ÉCRANS ET SON IDÉOLOGIE

Ce colloque international et interdisciplinaire du 14 novembre 2019 se tient dans le cadre du département Humanisme numérique du Collège des Bernardins et en partenariat avec l’Université Jean Moulin Lyon 3.

Alors que la révolution numérique a amorcé une tendance conduisant vers l'intériorisation de la technologie (les expériences d’implantation d’artefacts technologiques dans notre corps en vue de le co-constituer et de le refaçonner sont un exemple particulièrement frappant), le paradigme de l’extériorisation semble prévaloir dans les recherches relatives au statut des écrans. Véritable technos prothèses susceptibles de permettre l’extension de nos capacités corporelles, ils demeurent néanmoins essentiellement analysés à travers le paradigme de l’extériorisation.

Une question que l’on peut poser est donc la suivante : est-il encore possible de comprendre le problème de la technologie à partir de la relation fonctionnelle entre le vivant et l’objet ?

Si certains spécialistes annoncent la prochaine disparition des écrans, on remarquera plutôt que certains organes de notre corps (l’œil ou la peau, par exemple) peuvent être impliqués dans le fonctionnement des dispositifs numériques, et éventuellement « augmentés » dans leurs capacités en finissant par fonctionner comme des écrans connectés. Cette « intégration » ou « naturalisation » des rapports que nous entretenons avec notre environnement numérique comporte la disparition de l’opposition entre objet et sujet, corps et artefact.

A-t-on affaire à la disparition d’écran ou à leur intériorisation ?

Des mutations majeures dans notre manière de percevoir sont à l’œuvre. Elles ne sont pas sans conséquences sur nos croyances et sur nos comportements individuels et collectifs. En effet, si chaque société, chaque culture et chaque époque est façonnée par ses manières de pratiquer et de concevoir « la vision », il devient important de saisir les implications idéologiques de cette profonde transformation. À cet égard, la signification spécifique et le rôle crucial acquis de nos jours par la notion de « transparence » paraissent particulièrement emblématiques.

Cette notion peut être comprise comme le vecteur normatif d’un imaginaire numérique partagé.

En présupposant l’absence de toute médiation et donc une certaine forme d’« immédiateté », la notion de transparence est devenue centrale non seulement dans le domaine médialogique, et plus généralement dans la culture visuelle, mais aussi dans le langage politique. Comprise comme « immédiateté », la transparence a pu dès lors être intégrée parmi les arguments critiques à l’égard de la démocratie représentative portés par les mouvements populistes, dont l’idéologie pourrait être définie comme une forme d’ignorance – involontaire ou délibérée – des médiations.

A travers des contributions de haut niveau et une réflexion transdisciplinaire, théologiens, philosophes, experts du numérique et nouvelles technologies, praticiens, ce colloque international propose de se concentrer sur l’usage des organes de notre corps comme une sorte de composant adjoint d’artefacts technologiques, notamment numériques. Il cherchera également à approfondir la convergence entre une tendance technologique et une tendance politique et renouveler notre compréhension de la fonction culturelle des médiations.

Colloque sous la direction de :

Mauro Carbone, professeur de Philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3
Gemma Serrano, théologienne, codirectrice du département Humanisme numérique, Collège des Bernardins

Avec les interventions de : Emmanuel Alloa, Jacopo Bodini, Amélie Cordier, Mauro Carbone, Alessandro De Cesaris, Richard Grusin, Graziano Lingua, Gemma Serrano, Antonio Somaini, Bernard Stiegler, Dork Zabunyan

Programme détaillé en cliquant ici

ÉCRANS, CORPS, ENVIRONNEMENT NUMÉRIQUE : L’INTÉRIORISATION DES ÉCRANS ET SON IDÉOLOGIE
Jeudi 14 Novembre 2019 9:00 - 18:30
Collège des Bernardins
20 rue de Poissy
75 005 Paris