Le Colloque de Nice, en 1969, est resté l'une de nos manifestations les plus réussies. Trois jours de débats animés ont vu les hommes de science se rallier à nos souhaits. Jacques Monod expliqua : "Il appartient au scientifique d'informer, mais c'est aux journalistes de transférer cette information vers le public", ajoutant "c'est leur responsabilité, elle est importante, et nous devons la respecter, car elle participe à la démocratie en associant les citoyens aux prises de décision".
Le colloque de Nice eut aussi des retombées pratiques importantes, par exemple en suscitant la création de services de presse dans des organismes comme le CNRS qui n'en possédaient pas. Une autre activité essentielle de l'Association fut de réagir très vivement lorsqu'un de ses membres était victime, soit des réticences d'administrations se refusant à appliquer une réelle liberté de l'information, soit de brimades de la direction de leur publication. Ce fut le cas lorsque Nicolas Vichney et Nicolas Skrotzky furent poursuivis, à la fin des années 60, pour avoir rendue publique la première explosion souterraine de la bombe atomique française. L'affaire était plutôt cocasse, car tous les experts nucléaires mondiaux étaient au courant - c'est ainsi que nos deux compères l'avaient appris - mais pour le gouvernement, c'était un secret militaire de la plus haute importance. Les deux journalistes furent donc non seulement poursuivis en justice, mais interdits de séjour dans tous les organismes dépendant du Ministère de la Recherche et celui de l'Information.
La riposte de l'Association fut de décider que les Ministres concernés n'existaient plus. Leur nom ne fut plus cité dans tous les organes de presse où travaillait un membre de l'AJSPI. Au bout de trois semaines, Charles Gombault, directeur de France-Soir, où Skrotzky et moi travaillions, nous demanda de déjeuner avec Gaston Palewsky, ministre de la Recherche, qui était très attristé par cet anonymat. Il nous demanda comment remédier à la situation. Rien n'était plus simple : il suffisait de lever les sanctions. Ce qui fut fait quelques jours après.
Un peu plus tard, il fallut intervenir lorsque François de Closets fut mis à la porte de la télévision, pour avoir participé aux manifestations de Mai 1968. Puis l'AJSPI soutint Martine Barrère, licenciée pour avoir manifesté publiquement son désaccord sur la politique de sa revue. Très vite, l'Association a organisé des voyages d'étude dans les laboratoires régionaux. Elle a participé aux premières rencontres internationales de journalistes scientifiques, à Varsovie, à Bruxelles, à Salzbourg, à Lausanne. Nous avons entrepris dès 1956 les démarches pour organiser ce qui fut le premier voyage de journalistes scientifiques en URSS. Nous avons fait venir en France des groupes de confrères étrangers, qui invitaient en retour des membres de l'Association.