François Bayrou

1. Depuis plus de 20 ans, tous les gouvernements ont affiché l’objectif d’un effort de R&D de 3% du PIB. Ils ont tous échoué, cet effort dépasse de très peu les 2%. Quel objectif vous fixez-vous, et en quelles proportions pour la recherche publique en part de réalisation d’ici 2017 ?

Je proposerai une loi d’orientation pour la recherche couvrant la période 2013-2017 et qui aura pour objectif de donner une perspective à la recherche, de préciser le rôle et les priorités de chaque organisme de recherche publique, et d’alléger le poids des contraintes administratives.

Les priorités de la recherche publique devraient aller, à mon sens, vers l’énergie (énergies renouvelables, économies d’énergie), les nanotechnologies, la lutte contre le cancer et les maladies dégénératives, le numérique, l’environnement et la sécurité alimentaire ainsi que les sciences de la société. 

2. Le gouvernement sortant a réorganisé l'Enseignement supérieur et la recherche, et modifié son mode de financement (LRU, ANR, AERES, IDEX...). Allez-vous conserver, changer ou abroger ces dispositifs ?

Les évolutions de ces dernières années ont permis de développer l’autonomie et les budgets des établissements d’enseignement supérieur et de recherche mais ont également accru la concurrence entre les établissements. Le fonctionnement du service public de l’enseignement supérieur doit à mon sens être fondé sur la collaboration et non sur la compétition. L’autonomie, assortie de davantage de démocratie et de collégialité, est une bonne chose mais elle suppose que l’Etat s’engage sur de vraies négociations avec les universités pour définir leur budget, de façon transparente et pluriannuelle, en associant les collectivités locales qui le souhaitent.

3. La France produit actuellement un peu moins de 10.000 docteurs es-sciences par an, dont environ un quart d'étudiants étrangers, un chiffre stagnant depuis près de 20 ans. Voulez-vous, durant votre quinquennat, maintenir ou augmenter ce chiffre ? A combien doivent se chiffrer le nombre et le montant des contrats de doctorants financés par l'Etat ?

Je souhaite valoriser le parcours doctoral qui n’occupe pas, dans notre pays, la place qu’il mérite. Cela tient de l’instabilité des financements et de débouchés insuffisants. L’Etat devra inciter les partenaires sociaux à reconnaître le doctorat dans les conventions collectives des entreprises, car il s’agit de vraies compétences mobilisables dans le secteur privé. Nous devrons également encourager le recrutement de jeunes docteurs dans la haute fonction publique locale et nationale.

4. C’est la croissance des PME qui crée l’emploi, et non les grands groupes. Mais cette croissance est difficile en France. Allez-vous contraindre les marchés publics à recourir pour une part aux PME et défendre au niveau européen une telle mesure ?

Oui, je suis partisan d’un « Small Business Act » qui permette de favoriser l’accès des PME aux marchés publics, à la sous-traitance et au crédit. Nous devrons également simplifier les contraintes administratives et fiscales pesant sur ces entreprises.

5. Le Crédit d'impôt recherche a été présenté comme un outil majeur de l'Etat pour développer la recherche privée, et son montant a été augmenté jusqu'à près de 5 milliards par an. Allez-vous le conserver dans son principe (toute recherche privée est à soutenir) ? Allez-vous garder ou modifier son mode de calcul actuel qui favorise les grandes entreprises ?

Je souhaite conserver le crédit impôt recherche, qui a eu des effets bénéfiques sur le niveau de la recherche privée. Ce dispositif sera complété par un « crédit impôt innovation », qui bénéficiera à toutes les PME qui choisiront de faire appel à un laboratoire universitaire pour développer des techniques de production nouvelles. Il s’agit ainsi d’accroitre l’innovation au sein des PME, et de créer des liens entre université et entreprise.

6. Allez-vous poursuivre les recherches sur des réacteurs nucléaires de Génération IV, maintiendrez-vous ou stopperez-vous le programme Astrid (réacteur de démonstration à neutrons rapides du CEA) ?

Notre priorité doit être de développer des sources d’énergie alternatives qui puissent, un jour, remplacer le nucléaire. Cela s’inscrit néanmoins dans un temps long, à un horizon de 50 ans. Dans l’intervalle, il nous faut bien évidemment poursuivre la recherche sur le nucléaire, qui est une bonne énergie de transition, afin de le rendre plus sûr et moins producteur de déchets. Nous devrons néanmoins intensifier notre recherche sur des sources d’énergie sûres et non polluantes.

7. Comment rendre plus efficace le soutien public dont l'innovation a besoin ? Considérez-vous qu'il faille réorienter la recherche publique vers les besoins de l'économie et des Entreprises ?

Je souhaite que le lien entre l’université et l’entreprise autour de projets innovants soit plus systématique. Les pôles de compétitivité ont été une première mesure en ce sens. Le crédit impôt innovation que je propose en est une autre.

8. L'innovation doit aussi être sociale et d'organisation, comment la favoriser par une politique publique l'accompagnant jusqu'à son déploiement ?

Le crédit « impôt innovation » concernera tous les investissements des PME en faveur de technologies de production ou d’organisation nouvelles leur permettant d’accroitre leur efficacité.

9. La société s'est interrogée sur la pertinence de la mise en œuvre d'innovations comportant des risques controversés. Quelle sera votre politique concernant les domaines controversés des OGM, des nanotechnologies, de la biologie de synthèse ? Comment la France pourra-t-elle garder l’expertise scientifique et le poids nécessaire pour défendre ses points de vue ?

Je suis favorable à la poursuite d’un moratoire sur les OGM destinés à l’alimentation. Mais nous ne devons pas nous interdire de poursuivre les recherches sur les domaines importants pour notre avenir, notamment sur les nanotechnologies et la santé. Cela nécessite bien entendu que toutes les garanties éthiques soient assurées, et je pense que les chercheurs en sont particulièrement conscients.