Embargo et confidentialité des informations scientifiques

Par AJSPI le lun 15/10/12 - 11:01

Déclaration de l'Association des journalistes scientifiques de la presse d'information (AJSPI)

Dans la polémique soulevée par la publication d'une étude sur le risque sanitaire d'un maïs génétiquement modifié et d'un herbicide réalisée par Gilles-Eric Séralini, l'embargo et la confidentialité ont été évoqués par certains protagonistes. Ces sujets sont au cœur de la pratique des journalistes spécialisés en sciences et nous regrettons que des informations erronées aient pu être émises à ce propos.

L'embargo est une pratique que nous approuvons. Mis sur un article publié dans une revue scientifique, il consiste à interdire de le citer avant sa publication. Cela ne vise en aucun cas à assurer à cette dernière une position commerciale ni une exclusivité de l'information au sens du "scoop" tant recherché par la presse généraliste. L'objectif unique est la qualité de l'information, tant des scientifiques que du public.

Pour ce qui concerne les scientifiques, il s'agit d'assurer aux auteurs de l'étude que c'est bien toute l'information contenue dans leur article qui sera rendue publique, et non des bribes susceptibles d'une présentation déformée. En outre, il s'agit de respecter une règle déontologique de la recherche scientifique, la non duplication des publications dont une étude récente (Ferric C. Fang et al, PNAS 1/10/2012) déplore qu'elle se multiplie.

L'embargo permet aux journalistes spécialisés en sciences et accrédités auprès des revues scientifiques de disposer à l'avance des articles - une semaine pour Nature, Science ou les PNAS - afin de soumettre ces articles au regard critique des scientifiques du domaine qui peuvent être laudateurs comme négatifs. Cette démarche repose sur un traitement équitable - tous les journalistes accrédités disposent de l'information et non un groupe choisi - ainsi que sur la vigilance et la modestie des journalistes scientifiques, bien placés pour savoir les limites de leurs connaissances et la complexité des informations scientifiques, en particulier le fait qu'une étude publiée ne sera pas nécessairement confirmée par la suite. La liberté académique, et donc aussi celle de se tromper, de produire une science médiocre ou des résultats faux, étant la condition sine qua non à la possible mise en cause des résultats et théories antérieurs, voie normale et fréquente du progrès des connaissances.

A l'inverse, nous récusons et condamnons la clause de confidentialité imposée par l'équipe de Gilles-Eric Séralini. Celle-ci consistait à fournir à quelques journalistes  sélectionnés l'article sous  embargo, en leur réclamant en contrepartie de ne pas recueillir l'avis d'autres scientifiques sur cette étude. Ce qui visait clairement à obtenir une présentation biaisée de cette étude, dénuée de tout regard critique ou simplement compétent. C'est pourquoi cette clause fut repoussée par certains journalistes scientifiques sollicités, puis dénoncée, en France, par l'Union Européenne des Associations de Journalistes Scientifiques (1) et ailleurs (2), comme contraire aux bonnes pratiques résultant de concertations entre le monde scientifique et celui des journalistes spécialisés en science.

Paris, le 15 octobre 2012

Le bureau de l'AJSPI

Association des Journalistes Scientifiques de la Presse d’Information
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(1) Communiqué de l'EUSJA http://networkedblogs.com/D5nZ0
(2) Carl Zimmer (New-York Times) : "C’est une façon âcre, corrompue, de parler de la science. C’est mauvais pour le scientifique impliqué, mais nous journalistes devons admettre que c’est également mauvais pour notre profession. (...) Si quelqu’un vous fait signer un accord de confidentialité, de sorte que vous n’aurez d’autre choix que de produire un article unidimensionnel, fuyez. Autrement, vous vous faites manipuler."