BRGM (suite) : 2e courrier adressé à Mme Fioraso

Paris, le 15 janvier 2013

Madame la Ministre,

Je vous ai déjà alertée sur le comportement inacceptable du BRGM dans ses relations avec les journalistes, à partir d'un exemple concret relatif à l'affaire du Haut Fourneau de Florange et du projet de capture et stockage du CO2 ULCOS.

Voici d'autres exemples de ce comportement relatés par trois autres journalistes spécialisés en sciences, par des courriels dont je vous fournis la copie en annexe.

Il est donc établi que le problème ne provient pas d'une quelconque incompétence de l'agence de communication à laquelle la direction du BRGM a curieusement confié le soin de gérer ses relations avec la presse, mais des consignes qui lui ont été données par le BRGM. Il ne s'agit pas de difficultés ponctuelles, mais d'une stratégie visant à empêcher toute expression des scientifiques et des ingénieurs du BRGM auprès des journalistes, alors que ceci était tout à fait possible à l'époque où le BRGM disposait d'un service de communication dirigé par Mme Danielle Roblin. Le BRGM a en charge de nombreux programmes de recherches liés aux risques naturels, aux usages des ressources minières  et de l'eau. Ces sujets relèvent pour beaucoup d'actions des pouvoirs publics et sont au cœur de débats de société. Une interaction forte et libre entre ses scientifiques et ingénieurs et la presse est donc indispensable à une bonne information, base nécessaire à la qualité de ces débats de société.

Vous m'avez indiqué que vos services allaient contacter le BRGM pour évoquer ce problème avec sa direction, il semble qu'une intervention nettement plus vigoureuse s'impose.

Cordialement

Sylvestre Huet
Président de l'AJSPI

 

A lire également : Accès à l'information : le BRGM et le stockage du CO2


De : Sophie Becherel
Envoyé : mardi 15 janvier 2013 13:17
À : AJSPI
Objet : Re: Accès à l'information : le BRGM et le stockage du CO2

Cher Sylvestre,

Voici ma contribution pour le dossier BRGM. Je confirme les difficultés d'accès à l'information au BRGM. 
En voici 3 exemples. Tous les contacts ont eu lieu par téléphone dans la mesure où les impératifs d'une radio nous conduisent souvent à utiliser ce moyen de communication plutôt que le mail.

1er exemple (pour les besoins de l'AJSPI dont j'assurais à l'époque la présidence).

En 2011, l'AJSPI a souhaité organiser un petit déjeuner sur les gaz de Schistes. Nous avons logiquement demandé un interlocuteur au BRGM pour participer à cette rencontre. Et bien, en dépit de demandes répétées,  il a été impossible d'obtenir un interlocuteur pour ce rendez-vous OFF destiné à des journalistes scientifiques membres de l'association et pouvant garantir la confidentialité des données en cas de besoin.

En 2012, , cette fois pour le compte de France Inter, pour obtenir le contact d'une personne spécialiste de la ressource aurifère en France, il a également été impossible d'obtenir une aide. Aucun nom de chercheur, aucune source bibliographique, l'agence de communication, outre qu'elle ne connait pas l'organisme, ne rappelle pas, ne joue pas le rôle pour lequel elle est payée c'est à dire aider la presse. Guy Benhamou contacté, nous a fourni finalement le nom d'un chercheur retraité!!!! Lequel ne pouvait évidemment pas s'exprimer au nom du BRGM qu'il avait quitté quelques années auparavant. Pour dire si oui ou non, il y a un gisement d'or près de Limoges (vérification d'info classique), l'organisme n'a donc pas été en mesure de mobiliser son savoir (ou n'a pas voulu plutôt).

Enfin, sur une question aussi simple que les nappes phréatiques, une fois encore, même demande de confirmation d'information et aucune réponse. 
L'agence de communication auprès de qui est sous traitée le service de presse est d'une totale incompétence.

Depuis plusieurs années d'ailleurs, elle n'envoie aucune information sur le travail des équipes de BRGM aux journalistes scientifiques. Cet organisme public n'est donc pas en mesure de mettre à disposition du public (par l'entremise des journalistes), les connaissances qu'il produit et l'information sur les recherches en cours.

Pourtant, son statut d'organisme public implique bel et bien cette mission.

Cordialement,

Sophie Becherel


De : Cécile Dumas
Envoyé : vendredi 11 janvier 2013 17:36
À : AJSPI
Objet : Re: Accès à l'information : le BRGM et le stockage du CO2

Bonjour,

Pour réagir et compléter ce mail, j'ai eu le même souci à deux reprises ces derniers temps:

  • lorsque j'ai voulu interroger des sismologues du BRGM sur le procès de l'Aquila, en Italie; refus officiel de communiquer sur ce sujet
  • au sujet du gaz de schiste: je voulais juste des infos techniques, pas forcément citer explicitement un expert; j'avais besoin de précisions pour comprendre certaines données. J'y suis arrivée en "grillant" la comm (qui était injoignable à vrai dire) et en appelant directement quelqu'un qui a accepté de me parler; cependant il a quand même tenu à ce que le service comm soit prévenu (ils ont tous cette réaction, ils ont dû être très briefés) et ensuite j'ai reçu la consigne de ne pas le citer... j'avais quand même les infos...

Je précise que j'appelais alors pour l'agence de presse Sipa News;

Cordialement

Cécile Dumas


De : Christian Guyard
Envoyé : dimanche 13 janvier 2013 10:08
À : AJSPI
Objet : Re: Accès à l'information : le BRGM et le stockage du CO2

Bonjour,

Je te mets ci joint un document word relatant mes échanges avec le BRGM au travers de l'agence Hill+Knowlton.

Je te résume les raisons de ma demande:

Je fais un article pour le mensuel l'Eau l'Industrie les Nuisances sur les questions de dégradation de la ressource en eau et les moyens d'y remédier. Il se trouve que j'avais eu contact lors des Rendez-vous Carnot à Lyon avec quelqu'un du BRGM sur un point très précis (un programme de recherche nommé Trainit) en rapport avec mon sujet.

Je prends donc contact directement avec M. Seron qui me dit que tout doit passer par leur agence de communication. Ce que je fais le 15 octobre, voir l'historique.

Finalement je suis appelé par l'Agence H+K (pas par M. Seron) le 22 octobre. Soit une semaine de délai. Avec différents échanges. La conversation téléphonique a donc lieu et ne durera qu'un petit quart d'heure pour la simple raison que le programme en question était toujours sur la paillasse à échelle très réduite et qu'il n'y avait pas de suite prévue dans l'immédiat.

Bilan pour moi: J'échange plusieurs courriels avec cette agence ce qui me fait perdre du temps, et après une semaine j'apprends que ce programme terminé est sans suite!!!

J'ai finalement utilisé l'information dans un petit encadré dans mon article, mais personnellement je n'ai pas répondu à leur demande de voir ce qui était écrit car je ne citais pas mon interlocuteur.

Si M. Seron m'avait dit tout de suite que le programme n'était qu'une manip de labo, je pense que je n'en aurais pas parlé.

Concernant le BRGM, je pense qu'il n'assure plus son rôle d'établissement public! Il devrait être au service du gouvernement et des citoyens, on voit bien qu'il est noyauté par ce qu'on pourrait appeler "les forces d'argent".  J'ai ressenti cela aussi dans ma participation au "cercle énergie" dans le cadre de l'IHEST cette année.

Autre chose dont il faut se souvenir: qui est H+K ? C'est d'abord une agence "mondialisée" donc américaine. Je trouve dangereux que le BRGM qui est partie de notre nation fasse appel à ces gens là.

Cette même agence a joué un rôle capital lors de la guerre d'Irak notamment la légende des bébés en couveuse:  http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_couveuses_au_Koweït

Christian Guyard

Commentaires

A la suite de ces interpellations, la ministre de la recherche a demandé à la direction du BRGM de rencontrer l'AJSPI. Une délégation de son bureau rencontrera le PDG du BRGM le 14 février. Par ailleurs, notre confrère Stéphane Foucart a consacré un article du Monde daté du 25 janvier à ce sujet. Sylvestre Huet

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